HADY SY

    Né en 1964, Hady Sy, Français d’origine libanaise par sa mère, sénégalaise par son père, Hady Sy revendique cette double appartenance d’autant plus que son père, éminent théologien avait élevé ses enfants dans le respect des autres, de leurs religions et de leurs différences culturelles. 

     

    Toutefois, jeune étudiant, il dut faire face dans Beyrouth en proie à la guerre civile, à la montée des rivalités, de la violence, de la haine voire de la mort. 

     

    Depuis cette époque où, pris en otage, il fut menacé de mort, il revit mentalement cette image de l’arme fatale pointée sur son front. 

     

    Dès lors il met tout son talent artistique au service de la dénonciation de ces meurtres commis au nom d’un fanatisme religieux aveugle.

     

    Dans le projet Not for Sale, il organise en quelque sorte le “dictionnaire raisonné” des armes les plus récurrentes et les plus meurtrières qui furent utilisés dans les conflits depuis la première guerre mondiale. 

     

    Développé suivant un processus scientifique qui l’a conduit auprès d’Interpol, de la police judiciaire belge et du service de l’imagerie médicale de l’hôpital Poincaré de Garches, il a élaboré le catalogue quasi publicitaire de ces armes, analysant au plus près leurs caractéristiques et leurs performances, allant jusqu’à les radiographier pour en percevoir, de l’intérieur, les mécanismes et les méfaits. 

     

    Avec cette percée au coeur même des armes, du P.M. américain avec lesquels les G.I’s débarquèrent en Normandie ou de l’AK47, la Kalachnikov si redoutée des récents conflits, Hady Sy met à nu, pour mieux l’annihiler, la terreur qu’elles inspirent.

     

     

    Agnès de GOUVION SAINT-CYR

    Historienne de l’art | commissaire d’exposition

    Ex-Inspecteur Général pour la Photographie | Ministére de la Culture Français

     

     


    Marégramme de l’amour est l’une des œuvres les plus ouvertement enchanteresse et poétique de Hady Sy.


    Alors que ce que l’on nomme globalisation, libéralisme, fanatisme religieux ou même infantilisation consumériste s’avancent sous la forme tranquille du suicide de ce que fut, ou tenta d’être, l’humanité - autant dire une possibilité du vivre en commun - Hady Sy ne cesse de nous mettre en garde. Avec lucidité son œuvre nous indique l’impuissance qui est le lot et le quotidien de chacun pour mieux donner à éprouver la faillite des mots, des arguments et bien évidemment de la pensée actuellement à l’œuvre dans notre monde. Les séries d’œuvres (telles Not For Sale ou One Blood) produites ces dernières années ont en commun de constater l’échec de toutes les utopies et de toutes les espérances face à l’avancée inéluctable du pire. Pourtant, Marégramme de l’amour constitue sans doute l’une de ses œuvres les plus ouvertement enchanteresse et poétique.

     

    Au départ, LOVE BIBLE, idée de livre d’artiste dont on retrouve les prémisses dans une commande conçue en 1998 pour l’anniversaire des 40 ans d’Yves Saint-Laurent. La publication, sobrement intitulée LOVE, sort en deux langues : anglais et français. Dans les années qui suivent, constatant combien les discours de haine et d’exclusion contaminaient les médias et les programme politiques, Hady Sy revient régulièrement sur le projet, sans pour autant lui trouver une forme idéale. LOVE BIBLE en est l’aboutissement. Ce livre est né de l’envie de parler d’amour, d’évoquer tous les peuples, toutes les cultures ; soit près de 408 langues et dialectes. Marégramme de l’amour en est la déclinaison plastique. 4 planches différentes, 4 impressions sur de longs rouleaux ou l’artiste décline le livre mais en l’agrémentant de photographies qui viennent ponctuer la frise des mots d’amour. Si le premier avec ses images en noirs et blancs (réalisées en 2008) fait suite à l’évocation d’un amour perdu, le second constitué d’images aux rayons X (2007) se veut une réponse passionnée et exaltée à l’installation d’une exposition mortifère sur les armes de guerre. Le troisième, toute en variation bleue, et le quatrième, en teinte rouge, furent réalisés spécifiquement en 2017 pour son projet à Beyrouth. Par ce multiple en 12 exemplaires, Hady Sy construit un montage complexe où les mots répondent aux images, ou le sens d’un simple énoncé : « je t’aime » vient dialoguer avec un morceau de nature réduit à plus extrême simplicité : une feuille, une fleur. Ce qu’il y a d’incompatible entre le culte de soi et les questions pressantes que pose la vie collective se trouve ici résolue, comme si la puissance souveraine de l’amour avait encore le pouvoir de transcender les barrières et frontières que les hommes mettent tant de soin à construire de nos jours.