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VIVIAN VAN BLERK / MEMENTO MORI
VIVIAN VAN BLERK
23 MAI - 05 JUIN 2025
VERNISSAGE : VENDREDI 23 MAI 2025  18:00

 

VIVIAN VAN BLERK

Memento Mori

 

Vernissage vendredi 23 mai 18h - 21h

Dans le cadre du Paris Gallery Weekend
Vendredi, Samedi 11h - 19h
Dimanche 14-18h

Exposition 23 mai - 5 juin 2025

Mardi - Vendredi 15h-19h    Samedi sur rendez-vous

 

Né en Afrique du Sud en 1979 et décédé en juillet 2024 dans son atelier à la Courneuve, Vivian van Blerk était un artiste à la pratique multiple. Photographe de formation, ses œuvres mêlent photographie, peinture et sculpture. Depuis 2017, il explorait également la céramique, qu’il décrivait comme une matière “si concrète, si noble et si fragile” n'ayant “pas d’égal pour exprimer la beauté précaire de notre existence” . Memento Mori en est l’ultime incarnation. 

Memento Mori

Pendant plus de vingt-cinq ans, Vivian van Blerk a élaboré une œuvre où céramique et photographie s’entrelacent pour explorer la fragilité humaine, la mémoire, et les destins entremêlés des humains et des animaux face à la crise écologique. Des premiers tableaux photographiques des années 1990 à ses sculptures récentes en argile, van Blerk a développé un langage visuel singulier, mêlant le théâtral au tragicomique, le symbolique au physique.

Sa pratique photographique des années 1990 repose exclusivement sur des techniques traditionnelles telles que le tirage gélatino-argentique et la gomme bichromatée. En utilisant des maquettes minutieusement construites et un éclairage théâtral, van Blerk produisait des images à la qualité intemporelle et onirique — sans aucune manipulation numérique. Ces photographies évoquaient des tableaux mythologiques, des ruines énigmatiques, et des rituels ambigus, faisant apparaître un monde où mémoire, histoire et fiction se confondent. Œuvres profondément matérielles, elles témoignent d’un savoir-faire artisanal qui annonce déjà la précision de ses céramiques.

Cette attention au temps, à la décomposition et à l’absurde s’est poursuivie — et approfondie — lorsqu’il s’est tourné vers l’argile au milieu des années 2010. Plutôt que d’abandonner la photographie, van Blerk a élargi son vocabulaire : ses sculptures en argile deviennent souvent les sujets de nouvelles compositions photographiques, la photographie agissant désormais à la fois comme documentation et comme transformation. Les deux médiums dialoguent ensemble, et sont au cœur de l’exposition Memento Mori.

Les animaux occupent une place de plus en plus centrale dans son œuvre, non seulement comme métaphores de résilience et d’adaptabilité, mais comme véritables protagonistes de futurs écologiques imaginés avec richesse. Dans On the Beach (2020), van Blerk conçoit une série de vaisseaux en céramique en forme de tortue, véritables arches — à la fois animaux, véhicules et ruines — transportant des fragments de vie à travers les mers vers des cités abandonnées depuis longtemps. Ces hybrides à la fois humoristiques et mélancoliques embarquent singes, lions, éléphants, ainsi que les vestiges de la civilisation humaine sur des vagues de porcelaine émaillée. Cette série témoigne d’une préoccupation croissante : et si d’autres espèces survivaient à l’humanité et reconstruisaient un monde à partir de nos restes ?

Dans ses œuvres les plus récentes, l’humain disparaît entièrement. Dans Archipel (2023), van Blerk présente un paysage post-humain composé de minuscules îlots en céramique, imaginant une vie après l’extinction de l’humanité. Ces « micro-univers post-humains » sont faits de ruines architecturales, de véhicules abandonnés et de fragments sculpturaux, désormais colonisés par des écosystèmes hybrides d’animaux et de plantes. Des chèvres tirent des charrettes débordantes de légumes, des éléphants ont évolué sous de nouvelles formes — certains sont réduits à une taille antique, d’autres sont gigantesques et semi-aquatiques, leur peau bleutée s’enfonçant dans la mer. Ces scènes évoquent à la fois l’Arche de Noé et les muséums d’histoire naturelle, mais un absurde sous-jacent vient en subvertir la nostalgie. Plutôt que de pleurer la fin de la civilisation, les îlots de van Blerk en décrivent la transformation étrange.

La photographie reste essentielle à cette écologie spéculative. Les sculptures, aussi détaillées soient-elles dans leur tridimensionnalité, prennent souvent une nouvelle vie lorsqu’elles sont rééclairées, recadrées et photographiées en gros plan théâtral. Dans ces images, texture et échelle deviennent ambiguës : le minuscule acquiert une grandeur monumentale, tandis que les juxtapositions absurdes entre espèces gagnent une force symbolique. Un marsouin glissant dans une tour en ruine, un rhinocéros flairant un véhicule éventré, un oiseau perché sur un arbre jaillissant d’un balcon effondré — toutes ces scènes deviennent des natures mortes allégoriques sur la survie, le déplacement et la logique absurde de l’évolution. C’est un futur imaginé dans lequel les ruines de notre société sont envahies par la nature — non pas un retour à l’Éden, mais une survie enchevêtrée, désordonnée. En ce sens, les îlots ne sont ni utopies ni dystopies : ils incarnent la continuité dans l’effondrement.

Tout au long de la pratique de van Blerk, ironie, jeu et réflexion écologique profonde coexistent. Il s’inscrit dans l’héritage des naturalistes des Lumières comme Buffon, imaginant non seulement la classification des espèces, mais aussi leur recomposition dans de nouveaux contextes. Corbeaux, escargots, vautours — espèces capables de prospérer dans des environnements pollués — deviennent des figures d’adaptation et de résistance. En imaginant un monde où le temps ne suit plus les récits humains, où la morale perd ses repères conventionnels, van Blerk nous invite à confronter les limites de notre propre perspective.

Alors que nous assistons en temps réel aux inondations, incendies et extinctions, ses œuvres agissent comme miroir et comme expérience de pensée. Elles n’offrent pas de solutions. Elles n’adoptent pas de ton moralisateur. Elles nous invitent plutôt dans des au-delà surréalistes et densément peuplés, où règnent mémoire, mutation et absurdité.

« Une résurrection naturaliste apaisée, mais aussi un avertissement inquiet sur l’avenir de notre société. »

Fay (Fae) Brauer is Professor Emeritus of Art and Visual Culture at the University of East London Centre for Cultural Studies Research and Honorary Professor of Art Theory at The University of New South Wales. The author of many books and articles, she has known Vivian since their residencies, with Justin Fleming in 1998 at the Cite International des Arts in Paris.