Sailing to Nowhere réunit un nouvel ensemble d’œuvres inspirées de mes installations monumentales créées pour l’Institut du Monde Arabe (IMA, Paris) visibles à partir de fin mars 2026.
Au centre du propos se trouve la voile — non seulement comme objet qui permet à un navire de se déplacer sur l’eau, mais comme une surface fragile qui absorbe l’histoire.
Le tissu de la voile porte la mémoire. Il retient le souffle, la sueur et les voix réduites au silence de celles et ceux qui furent contraints de vivre sous elle — les corps captifs dont le travail propulsait les navires, dont les noms furent effacés, dont les langues se sont dissoutes dans le vent. La voile devient à la fois témoin et archive. Elle se souvient de ce que l’histoire officielle a choisi d’oublier.
Dans cette exposition, la voile n’est pas un symbole de découverte ou de conquête. Elle est une peau suspendue dans le temps — marquée par l’absence, la rupture et l’endurance. Ses boutes font écho aux vies des personnes réduites en esclavage qui ont fait avancer les empires tout en étant privées de leur propre humanité.
Entrelacée à ce récit se trouve une part de ma propre histoire ancestrale. En tant qu’Arméniens, certains de mes ancêtres furent contraints de se convertir, d’adopter de nouvelles identités pour survivre. Leur passé fut réprimé, leur langue étouffée, leurs symboles culturels progressivement effacés. Comme la voile, leurs identités portaient des strates cachées — visibles seulement à travers une attention portée à ce qui subsiste sous la surface.
Sailing to Nowhere évoque le déplacement sans arrivée. Le mouvement sans destination. Une survie qui exige la transformation. Les œuvres nous invitent à réfléchir à la manière dont la mémoire persiste même lorsqu’elle est niée, à la façon dont le tissu peut devenir chair, et à la manière dont les histoires effacées continuent de façonner le présent.
Kevork Mourad